Tromelin


Voici un récit en plusieurs parties, rédigé par ma tante Sylvie Cabanne, qu'elle m'a autorisé à publier sur ce blog. J'ai ajouté quelques notes, visibles comme ceci : [NDKCC : Ceci est une note de Karim], destinées à éclairer ceux qui ne connaissent pas ma famille.


Première partie :


Depuis 1954, une station météo occupe le petit îlot corallien de Tromelin situé dans l’océan indien, à environ 500 kms à l’Est, Nord Est de Tamatave (Madagascar). Son but est d’observer la naissance et le déplacement des cyclones qui ravagent régulièrement cette zone géographique (Madagascar et Mascareignes)

1954, c’est aussi la date à laquelle Dad (Henri Le Gall, Ingénieur TP) [NDKCC : mon grand-père maternel] fut nommé ingénieur du port de Tamatave : cette affectation combla le breton qu’il était [NDKCC : mes grands parents maternels ont eu 5 enfants et ont longuement vécus à Madagascar].

Dès lors, le dimanche, nous délaissions parfois notre paradisiaque sortie au lac Nosive, sur le Canal des Pangalanes, pour passer la journée à l’île aux Prunes au large du port…

Dad, lui, partait fréquemment en tournée ; et le peu qu’il disait ou que nous voulions bien entendre de la baie d’Antongil, du Cap Masoala , Maroansetra, Antalaha ( ?), Ste –Marie, nous laissait comprendre que la découverte de cette région était un plaisir, parfois tempéré il est vrai par l’abondance des pluies tropicales.

L’île de Tromelin faisait partie de sa subdivision (Tamatave-Maritime).
La petite île corallienne d’à peine 1km2, déserte, à fleur d’eau, était écrasée de soleil et peuplée de tortues géantes et d’oiseaux. Son insignifiance (« confetti océanique ») n’était qu’apparente puisque, longtemps mal localisée, puis connue sous le nom d’ « Ile de Sable », elle avait été particulièrement et à juste titre redoutée des navigateurs des siècles passés.

Les services de la Météorologie Nationale Française ayant décidé d’en faire le point stratégique de ses recherches sur cette zone, des aménagements successifs furent entrepris : station météo, phare, piste d’atterrissage, balises. A cette époque Dad avait 37 ans et les voyages réguliers qu’il fit à Tromelin ont constitué une aventure assez atypique et fascinante.

Il s’agissait de livrer à l’équipe en place le matériel et les matériaux nécessaires aux travaux, de superviser ceux-ci et d’assurer l’entretien des installations, dans une île où le bateau (le « Marius Moutet »**, un navire baliseur) ne pouvait aborder : Les matériaux, enfermés dans des fûts étanches, étaient jetés à la mer et les passagers, plus ou moins balancés sur un radeau : les rouleaux se chargeaient de précipiter « tout cela » sur la plage…

Outre le « pittoresque » du voyage et le plaisir de vivre quelques jours à bord, je pense que Dad en appréciait le côté sportif ; et comme il ne craignait ni le tangage, ni le roulage, il pouvait se livrer durant la traversée à l’une de ses activités favorites : la pêche à la traîne : celle-ci était abondante et il nous racontait qu’il lui arrivait de remonter des carangues ( ?) ou capitaines de 40kgs.

La Revue de Madagascar (à cette époque revue de référence en ce qui concerne le développement de Madagascar) publie un reportage plein d’esprit et abondamment illustré de l’un de ces voyages à Tromelin auquel a pu participer Dad et qui reflète fidèlement ce que celui-ci avait eu l’occasion de raconter sur la navigation mouvementée et parfois hasardeuse, l’accostage improbable, et les conditions de vie particulièrement austères de la mission en place.
La conclusion de l’article et le post-scriptum émouvant nous rappellent à la dure réalité de cette époque encore quelque peu héroïque :

« Au moment où nous écrivions le reportage ci-dessus, nous ne nous doutions pas que Tromelin allait être victime d’un terrible cyclone le 25 janvier 1956. Des vents de 200km/h ont ce jour-là balayé l’île, brisant les appareils et soufflant les installations … »

(Ce cyclone toucha également la côte est de Madagascar et notamment Tamatave : il reste gravé dans nos esprits en raison de sa violence et des dramatiques inondations qu’il entraîna).




Tromelin s’était taillé une bonne place dans mon (notre ?) imaginaire. Le lot de pittoresque, d’aventure, et de drame lié à ce nom nous laissait penser que tout avait été dit…Peut-être Dad avait-il évoqué quelqu’autre mystère, énigme, ou des supputations concernant cette minuscule île ??? Pour moi, malgré le regret de ne pas y avoir mis les pieds moi-même, l’affaire était close. C’était compter sans la marche de l’Histoire …
[NDKCC : la deuxième partie sera publiée plus tard dans la semaine]

Notes :

** Le Commandant du Marius Moutet était le Commandant Robin, qui faisait partie de notre entourage et qui, lors de son long congé en France, nous avait confié son lémurien Zoé qui a laissé des traces dans notre histoire, mais plus concrètement sur Yves… retour

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